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PROGRAMME 2013

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Depuis sa création en 2001, la biennale Urbi & Orbi est consacrée à la ville, à la vision que les artistes, photographes ou vidéastes,nous proposent de l’architecture, de l’urbanisme, des modes de vie urbains. Cette édition 2013, centrée sur le thème de la ville en mouvement, en propose des approches certes diversifiées mais qui toutes se rattachent à deux axes : l’un, temporel, est celui de la mutation accélérée du paysage urbain, de l’évolution architecturale et urbanistique des grandes cités; l’autre, spatial, concerne les flux de circulation et d’échange à l’intérieur et autour des grands centres urbains.

Le thème du chantier a fait son apparition dès l’invention de la photographie, accompagnant les grandes entreprises des bâtisseurs de la seconde moitié du XIX ème siècle et de la première du XX ème, exaltant le pouvoir de l’homme sur la matière dans un monde confiant en son avenir. Si ce thème du chantier ressurgit aujourd’hui, trouvant un large écho parmi les photographes et les artistes, c’est qu’il a pris, à l’aube de ce XXI ème siècle, une valeur métaphorique entièrement nouvelle et même opposée : le voici porteur de doutes, d’interrogations sur le monde.

Toute rénovation urbaine commence par le geste d’effacement brutal d’un chantier. Jean-Louis Garnell s’est intéressé à ceux qui envahissent les abords des villes, lieux indécis dont le passé n’est plus lisible et dont l’avenir est encore incertain. Il s’est concentré sur les transformations qu’y subit le sol, sur les reculs et les tentatives de reconquête de la nature devant l’avancée urbaine. Ce travail, intitulées Paysages, figure parmi ceux qui furent commandités par la DATAR en 1984 à vingt-huit photographes sur l’ensemble du territoire français, dernière commande de grande envergure s’inscrivant dans la tradition des grandes missions photographiques initiées avec la Mission Héliographique de 1851.

Pays aujourd’hui emblématique de la mutation urbaine, la Chine, et particulièrement la ville de Shanghai fascinent les photographes occidentaux. Mais loin des images spectaculaires de grands travaux, Women of Shanghai de Thierry Girard  s’attache à cerner l’impact de la création de la mégapole sur les destins individuels. Dans des triptyques en couleur, il juxtapose portraits de jeunes femmes, vues de leur intérieur et de leur quartier, cernant leur vision personnelle de la mégapole. De cette même ville, mais aussi de Pékin, et de Guang Zhou, Bogdan Konopka nous offre, à travers les miniatures en noir et blanc de Chine, l’Empire du gris, l’image d’une Chine où tradition et restes de ruralité sont brutalement confrontés à la modernité arrogante des villes nouvelles.

Avec Border Lines d’Alexis Cordesse, la mutation du paysage urbain est plus directement politique : dans ses larges panoramas reconstitués qui sont autant d’utopies, l’auteur questionne les limites, le morcellement volontaire d’un territoire - la Palestine et en particulier Jérusalem - confronté à sa réalité géographique et humaine.

Dans le projet Archéologie Contemporaine, Olivier Cablat met en lumière la prégnance des archétypes stylistiques de l’Egypte antique sur les architectures vernaculaires et touristiques. La sélection intitulée Temples Egyptiens, présentée ici, est centrée plus particulièrement sur les façades peintes, où les thèmes de référence sont déclinés avec liberté, enrichis d’une iconographie populaire contemporaine.

Le construit n’est pas que projet réalisé. Il a ensuite sa vie propre en interaction avec ceux qui l’habitent et se l’approprient, avec l’évolution sociale et politique d’une ville, d’une nation. Des intentions de l’architecte que reste-t-il quelques décennies plus tard ? C’est sur cette question que se concentre Stéphane Couturier à propos de l’ensemble d’habitation « Climat de France » que Fernand Pouillon a réalisé à Alger dans les années 1950.

Nous remontons un peu plus loin dans le passé avec Changing New York, réalisé dans les années 30 par Berenice Abbott. Lorsqu’en 1929, elle retrouve sa ville après un séjour en Europe, elle est frappée par la transformation rapide que celle-ci subit, par la disparition brutale de certains quartiers populaires qu’elle avait connus auparavant. Elle compose alors un émouvant hommage au New York qu’elle a connu lorsqu’elle y était étudiante, en même temps que l’un des plus beaux hymnes à la ville en perpétuelle mutation, à sa vitalité, à son pouvoir de régénérescence. Après la grande exposition rétrospective du Jeu de Paume, une sélection d’images rares, connues et moins connues est ici proposée.

Le deuxième axe de cette programmation, les flux de circulation, s’attache à la dimension spatiale de la ville, à sa perception par le marcheur ou l’usager des transports, à la vision que l’on peut avoir de l’organisation des mouvements de foule, de leur surveillance, à la temporalité qu’ils induisent au gré de leur vitesse.

Six oeuvres vidéo offrent le spectacle d’une ville en mouvement perçue au cours d’une errance ou d’un voyage : Time is Working around Rotterdam de Valérie Jouve se présente comme une traversée de Rotterdam et de ses environs ; elle entraîne le spectateur dans une chorégraphie visuelle où s’enchevêtrent des rythmes et des perceptions sans cesse modifiés par les vitesses de déplacement propres aux différents modes de transport. Les espaces traversés n’ont plus d’identité stable, bouleversés qu’ils sont par les temporalités diverses qui rythment notre quotidien et modifient notre relation à l’espace.

Dans les deux vidéos de Catherine Gfeller, il est encore question de capter les pulsations de la ville, mais cette fois, c’est celle-ci qui impose son rythme au marcheur. Dans Frictions, les passants se croisent, se heurtent, s’interpénètrent, sont traversés fugitivement par des fragments de paysage urbain au rythme d’un flux chaotique, intarissable, qui semble revenir en boucle. Dans Directional Piece, Catherine Gfeller nous propose une vision kaléidoscopique de la ville en mouvement dont nous ne percevons qu’une représentation éclatée, brouillée par des surimpressions multiples. Ayant renoncé à décrire la ville, c’est en la rendant illisible que l’artiste parvient avec une précision rigoureuse à nous la faire éprouver.

Jean-Denis Bonan est cinéaste et plasticien. Qu’il peigne, sculpte ou filme, il opère par collage, superpositions de matières, d’images, de textes pour explorer et restituer la complexité des choses ou leur face ignorée. Dans les deux vidéos qu’il nous propose, le flux des passants dans la ville fait l’objet d’un traitement critique autant que poétique.

Dans Attente sur le quai, le point de vue est celui de l’usager du métro en attente sur le quai de la station Champs Elysées. Nous assistons au ballet des corps qui vont, viennent, disparaissent, au surgissement de menus événements sur le quai d’en face. Au rythme du passage des rames dans le vacarme des essieux, se déroule un spectacle parfaitement familier et pourtant irréel. Opération Araignée met en scène le regard des caméras de surveillance. Dans une cité recomposée à l’aide de fragments compilés dans diverses grandes ville, nous suivons la progression d’une traque incompréhensible effectuée par un système de voyeurisme omniprésent.

C’est dans l’espace purement fonctionnel d’un échangeur d’autoroute au cœur de Brasilia, que nous emmène Stéphane Couturier avec sa vidéo Brasilia, boucles, échangeur. Comme dans un jeu vidéo le spectateur se trouve embarqué dans un parcours en boucle dont il semble impossible de s’échapper. L’objet architectural qui devrait favoriser un maximum de circulation devient ainsi un lieu d’enfermement labyrinthique.

En décidant de photographier la rue de Paris à Montreuil, celle par laquelle il passait quotidiennement pour se rendre chez lui, Thibaut Cuisset a rompu avec ses habitudes de photographe voyageur qui a besoin du déplacement pour retrouver une virginité du regard. Il nous convie à une promenade, pas à pas, pour saisir l’identité changeante de cette voie rectiligne sans chercher à révéler des situations emblématiques, des personnages ou des instants particuliers. Thibaut Cuisset est amené ici à s’attarder sur ce qui passe le plus souvent inaperçu, à produire des images saturées de présences et de couleurs pour déchiffrer un paysage urbain complexe et composite. Il a fait aussi appel aux mots : ceux de Jean-Christophe Bailly qui dresse un portrait en forme de collage de cette rue-monde où les Africaines portant boubou ont remplacé les maraîchères de jadis.

Dominique Auerbacher nous propose, avec Scratches, une vision de Berlin depuis les fenêtres du tramway. Mais cette perception se fait à travers les « scratches », ces inscriptions gravées dans les vitres des voitures, qui sont l’une des manifestations les plus récentes de la longue histoire du graffiti. Dans de véritables tableaux réalisés au format même d’une fenêtre de tramway, nous voyons les « scratches » jouer avec la lumière changeante, se superposer à des fragments de paysage urbain. La dynamique de la ville, le flux pléthorique des informations qu’elle génère se trouvent ainsi concentrés dans ces télescopages visuels saisis dans le bref instant où leurs éléments entrent en résonance.

Depuis plus de vingt ans le photographe allemand Peter Bialobrzeski documente et interprète la transformation du paysage urbain dans différentes parties du monde et, particulièrement, dans l’ensemble de l’Asie sur laquelle il porte un regard à la fois sociologique et artistique. On assiste, dans les images en couleur et grand format de Megatropolis-Urban Changing, à la naissance d’un nouveau monde en même temps qu’aux tentatives de résistance du précédent. La sélection proposée ici, qui nous mène à Dacca, Calcutta, Hanoi, Manille ou Bangkok, est principalement centrée sur les flux de circulation intenses dans des zones urbaines encore fortement marquées par les architectures vernaculaires et une organisation de l’espace peu planifiée.

On l’aura compris, il n’est de ville qu’en mouvement. A l’opposé de celui, cyclique de la nature, le mouvement de la ville, qu’il s’inscrive dans le temps ou dans l’espace, répond à une aspiration prométhéenne de canaliser, de réorganiser, voire de maîtriser le vivant. Pour le meilleur ou pour le pire, mais ceci est une autre question.

 

 

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Bérénice Abbott/Courtesy les Douches La Galerie, Paris ,City Arabesque, 1938

 

 

Berenice Abbott : avec Changing New York, sa série photographique réalisée entre 1929 et 1939. Un hommage émouvant à New York, d’une des plus grandes dames de la photographie américaine.

Dominique Auerbacher : et ses tableaux photographiques Scratches, réalisés à Berlin en 2009. Des tags griffés sur les vitres des transports publics qui captent le mouvement incessant de la ville.

Peter Bialobrzeski : parcourt l’Asie et ses mégalopoles. Tel un archiviste, il arpente les rues de ces méga-cités pour tenter d’en saisir les mutations.

Jean-Denis Bonan : cinéaste et plasticien. Cet artiste très discret, inspirateur de l’émis- sion Palettes d’Arte, nous offre à travers deux vidéos son regard à la fois critique et poétique sur les flux des passants.

Olivier Cablat : et ses façades d’architectures vernaculaires recouvertes par des archétypes stylistiques de l’Egypte antique – toutes aujourd’hui démolies. Un travail photographique réalisé en Egypte en 2003-2004.

Alexis Cordesse : dans des panoramiques reconstitués de plus de cinq mètres de long, met en scène le morcèlement volontaire d’un territoire, la Palestine.

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Stéphane Couturier : propose son dernier travail sur Alger, réalisé en 2012, en parallèle avec le MUCEM à Marseille. La mise en perspective d’un des plus gros projets de l’architecte Fernand Pouillon, Climat de France. Il nous livre également comme dans un jeu, une vidéo qui tourne en boucle sur un échangeur à Brasilia. Un enfermement labyrinthique.

Thibaut Cuisset : et la Rue de Paris. Un des axes de Montreuil le plus fréquenté de la ville et un territoire urbain que le photographe emprunte artistes/Olivier Cablatchaque jour.

Jean-Louis Garnell : avec ses vues de chantiers, intitulés Paysages, réalisés en 1984 dans le cadre de la commande photographique de la DATAR.

Catherine Gfeller : vidéaste, capture les pulsations des villes dans des registres dif- férents. Fragments de paysages urbains, flux chaotique, vision kaléidoscopique des  villes.

Thierry Girard : avec ses tryptiques Women of Shanghai réalisés entre 2007 et 2010, donne à voir le quotidien et l’intime en juxtaposant portrait et paysage urbain.

Bogdan Konopka : toujours en Chine, s’intéresse de près à cette “zone grise”, cette zone charnière située entre 2004 et 2007, dans laquelle l’Empire du Milieu, bascule pour le meilleur ou pour le pire, dans cette modernité qu’il recherche à tout prix.

Valérie Jouve : dans sa vidéo Time is working around Rotterdam 2006, entraîne le spectateur dans une traversée sur les différents temps qui composent notre quotidien.

© Olivier Cablat, Gourna, Egypte 2004